Entretien avec Charlotte Dauphin (Melpomène)

par la rédaction

Melpomène de Charlotte Dauphin.

D’où vient ce titre ? Tout le film est baigné de mythologie...

Melpomène est la muse de la tragédie. C’est aussi une figure liée au théâtre, donc au masque, au rôle et à la représentation. Le film est construit autour de plusieurs formes de représentation. Ce que l’on croit savoir. Ce que l’on raconte. Ce que l’on cache. La mythologie permettait de placer cette histoire à un endroit qui n’est pas complètement réaliste. Mon cinéma n’appartient pas au cinéma réaliste.

Quel a été le déclencheur pour écrire ce film ?

L’héritage. Pas l’héritage matériel bien sûr. Mais ce que l’on reçoit psychologiquement, génétiquement, et qui est plus complexe à identifier. On hérite d’une forme d’esprit, d’une forme d’humour, d’une peur, d’une obsession. D’un point de vue sur le monde. Le film est une réflexion sur cette transmission.

Lucidité / démence forment un duel important dans le film ; d’où vient cette idée ?

Dans le film, la frontière se déplace constamment. Ce qui m’intéressait était précisément de ne jamais stabiliser cette frontière. Je trouve intéressant que la folie soit toujours définie par quelqu’un d’autre. Dans le film, comme dans la réalité, personne n’est complètement fiable puisque chacun regarde les événements avec son point de vue. Ce qui m’intéresse davantage, c’est le moment où une perception est transformée en vérité, en affirmation par celui qui la porte.

Certains effets de montage sont perturbants, dans le bon sens du terme bien entendu, mais qu’est-ce qui vous a poussé à dérégler l’ensemble de la mise en scène ?

Le film n’est pas réaliste. Le montage n’avait donc pas de raison de l’être non plus. Le temps peut se répéter, se déplacer, disparaître. Une scène peut avoir plusieurs significations selon le moment où elle est placée. Je trouve assez artificiel de considérer qu’un film doit toujours expliquer où l’on est, quand on est, et ce qui vient de se passer. La mémoire ne fonctionne pas comme cela. Le cinéma non plus.

La dimension féministe est évidemment très forte ; que pouvez-vous nous en dire ?

Elle est présente, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de la souligner davantage. Ce qu’il faut conclure de ce film, que ce soit sur un plan féministe ou sur un autre plan d’ailleurs, appartient au spectateur. Je suis une femme qui réalise, qui se réalise. Je préfère parler d’un geste libre, que d’un geste féministe.  Je trouverais cela réducteur au fond. Et je ne désire pas le commenter.

Melpomène, en salles le 30 septembre (New Story)

THOMAS AIDAN