Quatre questions à Salim Kechiouche

par la rédaction

L’Enfant Bélier de Marta Bergman

Entretien avec le comédien Salim Kechiouche qui crève l’écran dans L’Enfant Bélier, actuellement en salles.

Le film part d’un drame bien réel, ce qui le rend encore plus saisissant. Qu’est-ce qui vous a intéressé dans cette aventure puissamment habitée ? Est-ce l’empreinte politique du film qui vous a particulièrement attiré ?

À vrai dire le désir de faire un film part souvent d’une rencontre, et dans ce cas avec une réalisatrice, Marta Bergman, qui m’a donné envie de venir m'inscrire dans son univers. J'avais aimé son premier film, Seul à mon mariage, ce qui m’a influencé aussi. Ensuite, évidemment il y a le sujet, poignant, ancré dans le réel ou du moins inspiré du réel. Le cinéma est en soi un acte politique et là c’était flagrant donc oui c’était encore plus attirant. Donner un visage et une âme à ces personnes me bouleversait à la lecture, « les migrants », « la police » , comme s’ils n'étaient pas des êtres humains. Et là avec L’Enfant Bélier ils le deviennent...

La complexité humaine est à l’oeuvre tout au long du long-métrage. En tant qu’acteur, comment incarner cette ambiguïté constante ? Quel chemin emprunte-t-on pour trouver la bonne hauteur ?

Ne jamais juger un personnage, la base. Essayer de le comprendre et de l’incarner autant que possible. Saisir justement cette complexité, celle qui est en chacun de nous et qui doit ressortir de la manière la plus simple et se traduire dans le corps les non dits. Cela a été un travail de préparation méticuleux, tous ensemble. Pour se sentir le plus libre sur le plateau et ceci malgré les contraintes de temps, de techniques qui prennent beaucoup de place une fois la machine du tournage lancée. J’ai emprunté le chemin du “choc post traumatique” en me disant que c’était le moment juste avant une possible dépression. C’est ce qui me semblait être la bonne hauteur.

C’est un film à fleur de peau, et vous êtes particulièrement bouleversant dans votre approche du personnage - après votre expérience chez Kechiche, vous semblez être attiré par les expériences artistiques viscérales.

En réalité, j’ai toujours été attiré, à la fois par la légèreté et la profondeur des personnages et toujours à fleur de peau. Clairement pour pouvoir changer de peau, dans une quête de liberté artistique qui trouve souvent ses limites dans les enjeux économiques qui poussent les décideurs à choisir la sécurité quand le cinéma est définit par une prise de risque constante. il reste encore des projets et des metteurs en scènes libres alors j’essaye de m’en approcher tout autant que j’essaye moi même d’en devenir l’artisan en réalisant mes projets, toujours dans cette quête.

À l’heure d’aujourd’hui, qu’est-ce qu’être un acteur de cinéma ? Quels sont vos projets ?

Être acteur de cinéma, c’est tenir bon. Le métier a beaucoup évolué ces derniers temps, les plateformes et internet ont changé pas mal la donne. Le cinéma est devenu encore plus élitiste qu’il ne l’était. La diversité au sens large est en danger et il faut oeuvrer pour qu’elle existe. Cela devra sûrement passer par des décisions politiques et aider à l’émergence de nouvelles mouvances dans le secteur. Le public attend ça aussi, du renouvellement de la fraîcheur et pas toujours les mêmes que l’on revoit en boucle car à la fin cela devient ennuyant. On n’y croit même plus.

Parmi mes projets, j’ai la série Un prophète  diffusé sur Canal+. Je serai aussi bientôt au cinéma dans un beau film algérien Bin u Bin de Mohamed Lakhdar Tati, qui sort à la rentrée, Je viens de terminer les tournages de deux séries, dont Malin Fors pour Netflix avec Cécile de France Simon Abkarian, Damien Bonnard et Grégory Gadebois, et Le rouge et le noir par Gaël Morel sur France TV ; j’y joue un Comte sicilien,  et surtout je développe mon prochain long métrage comme réalisateur au cinéma.

THOMAS AIDAN